Éloge de la clinique

 

bourgogne-medecin-campagne-paul-sanlaville-pJe suis en train de lire un livre qui devrait être plus largement connu, écrit par un médecin généraliste qui a commencé à exercer à la campagne en 1952. Il y décrit les incroyables progrès médicaux et sociétaux (dont la fameuse sécurité sociale universelle qui semble tellement normale aux yeux de tous aujourd’hui) auxquels il a assisté. Mais, un passage a particulièrement attiré mon attention, tant je l’ai trouvé très actuel en ce qui concerne les pathologies impliquant la proprioception comme le SDP ou le SED (Syndrome d’Ehlers Danlos)

A l’époque où j’ai commencé ma médecine, la clinique avait encore un rôle prépondérant. Pourtant, on disposait déjà d’examens complémentaires non négligeables comme de nombreux examens de laboratoire, la radiographie, l’électrocardiographie, la bronchoscopie…On n’y avait recours, la plupart du temps, que pour confirmer ou préciser un diagnostic. Au cours des quatre décennies suivantes, la pratique médicale a été complètement transformée. L’imagerie n’a cessé de se perfectionner jusqu’à la découverte du scanner et de l’IRM. Il est possible maintenant de détecter des tumeurs de quelques millimètres. Les échographies, les endoscopies explorent tous les compartiments du corps humain dans ses moindres recoins. Et de nouvelles thérapeutiques applicables seulement en milieu hospitalier, ont, dans des cas de plus en plus nombreux, réduit le rôle des généralistes à celui de pourvoyeurs de spécialistes. De plus en plus démuni, j’assistais, du fond de ma campagne à cette évolution. La technique allait-t-elle effacer ce qui faisait la noblesse de ce métier ? La science, supprimer l’art ? Le robot, remplacer l’homme ? On pourrait croire qu’il en sera bientôt ainsi. Pourtant au cours de mes dernières années d’exercice, dans certaines situations, les pratiques que l’on a trop tendance à oublier ont renouvelé mon espoir. La médecine, à moins d’y rendre son âme, ne pourra pas se passer de la sémiologie, cette science des signes pratiquée au lit du malade. Par ces gestes du plus haut humanisme, le patient et le médecin font échange de confiance. Grâce à ce « colloque singulier » dont jamais on ne répétera assez haut et fort les effets bénéfiques, ils se sentent en empathie. Décidément, le clinicien n’a pas dit son dernier mot.

Du coup, j’ai envie de mettre ce petit texte en rapport avec les textes de deux médecins qui doivent se battre âprement, aujourd’hui, pour faire reconnaître un diagnostic uniquement clinique :

Le SDP est une dysesthésie particulière, décrite initialement par Henrique Martins da Cunha sous le nom de Syndrome de déficience Posturale, touchant la sensibilité proprioceptive générale et les informations rétino-trigéminées. Elle provoque un tableau clinique subjectif et objectif associant obligatoirement et à des degré divers trois caractéristiques : […] Il en résulte un ensemble hétérogène de signes cliniques très variables d’un patient à un autre et chez le même patient au cours du temps. […] Le SDP est une entité clinique faisant partie de la dysesthésiologie. […] Le diagnostic de SDP est clinique. Aucun examen complémentaire n’est spécifique du SDP.

Extrait de son site :

Face à une médecine d’organe qui tend à l’hyperspécialisation et privilégie l’immunologie ou l’imagerie médicale plutôt que la clinique, le meilleur acteur dans cette pathologie est le généraliste. Il est celui qui connaît le mieux la famille de ses patients, les a suivi, parfois depuis l’enfance. Il est le mieux placé pour entendre leurs plaintes et intervenir dans leur orientation sociale.

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s