Traitement Proprioceptif

 

Troubles posturaux,  douleurs diffuses, maux de ventre ou de tête, maladresse, sensations vertigineuses, mal des transports, bruxisme, respiration orale, énurésie, déficits de l’attention, difficultés cognitives, troubles des apprentissages, etc., nombreux sont les symptômes d’une Dysfonction Proprioceptive. Un traitement émergent s’appuyant sur l’utilisation de leurres sensoriels est actuellement en cours d’évaluation scientifique. Nombreux sont les patients qui témoignent déjà d’une amélioration notable de leurs symptômes suite à la mise en route de celui-ci. En quoi consiste-t’il ?

 

enfant debout

Pour maintenir une posture droite érigée, notre cerveau doit lutter en permanence contre la gravité. Mais, il sait aussi l’utiliser grâce aux propriétés de l’oreille interne.

Nos yeux scannent constamment notre environnement en quête de verticalité et d’horizontalité (nous tenons debout en formant une sorte d’angle droit avec le centre de gravité, d’où notre recherche de lignes de repères).  La proprioception informe notre cerveau de la position des différentes parties de notre corps (les muscles réglant la position des jambes, du bassin et de la colonne vertébrale) et de la position des globes oculaires dans leur orbite (les muscles des yeux sont très riches en capteurs proprioceptifs). Le système vestibulaire lui permet de connaître l’inclinaison de notre tête. Enfin, des capteurs pressionnels très sensibles, situés sous la plante des pied, sont chargés d’analyser les variations de pression exercées par le corps sur les différentes parties du pied (cela reflète l’inclinaison du corps : quand la pression augmente, par exemple sur le bout de la plante des pieds, cela signifie que le corps s’est incliné vers l’avant).

Le cerveau dispose d’un référentiel gratuit, universel qui existe sur toute la terre […] qui est la gravité, qui donne un espèce de fil à plomb universel ; et nous avons effectivement dans l’oreille interne, un capteur spécialisé qui mesure l’orientation de la tête par rapport à la gravité. […] Ce capteur vestibulaire, otolithique n’est bien sûr pas le seul qui permet au cerveau de connaître l’inclinaison du corps ; d’abord il y a des capteurs sous la plante des pieds, des capteurs tactiles qui forment une espèce de rétine tactile. La proprioception elle-mêmePr Alain Berthoz (Collège de France)

Par ailleurs, grâce à la langue, aux ligaments dentaires et aux articulations temporo-mandibulaires, la bouche donne des informations essentielles à la régulation posturale. Comme ces informations passent par le nerf trijumeau qui véhicule aussi les informations proprioceptives des muscles oculaires,  l’œil et la bouche sont considérées comme un seul et même capteur.

Quand les informations données par les différents capteurs sont cohérentes tout se passe bien. A l’inverse, des informations inadaptées ou contradictoires les unes par rapport aux autres sont susceptibles d’entraîner des troubles. C’est malheureusement ce que l’on observe en cas de Dysfonction Proprioceptive.

En modifiant expérimentalement la proprioception par l’utilisation de vibrations, les chercheurs ont pu mettre en évidence l’existence de véritables chaînes proprioceptives agissant ensemble pour donner une information spatiale ou modifier la posture :

L’ensemble des informations issues des muscles, depuis ceux des pieds qui ancrent le corps sur le sol jusqu’à ceux des yeux qui ouvrent le corps sur le monde (qu’avec R Roll, nous avons nommé « chaîne proprioceptive ») est indispensable à la connaissance, à chaque instant, de notre position dans l’espace. Pr JP Roll (CNRS)

Un traitement proprioceptif émergeant, en cours d’évaluation scientifique, vise à rétablir un fonctionnement harmonieux de ces chaînes proprioceptives grâce à l’utilisation de leurres sensoriels agissant sur différents capteurs.

Pour mettre en évidence une Dysfonction Proprioceptive, le praticien réalise un bilan proprioceptif qui doit montrer des atteintes dans les trois domaines où intervient la proprioception : des signes musculaires, des signes spatiaux et des signes perceptifs, auxquels peuvent s’ajouter des signes en lien avec une Dysperception Orale.

L’objectif du traitement consiste ensuite en une longue « reprogrammation » de la proprioception, du schéma corporel, en s’appuyant sur la plasticité cérébrale. La prise en charge proprioceptive est un acte médical coordonné. Aucun praticien ne peut travailler seul, car la modification d’un seul capteur ne suffit jamais. Ce traitement repose sur l’utilisation raisonnée et personnalisée de leurres sensoriels qui agissent :

prisme

– sur le capteur oculaire, pour remettre ses muscles en tension par le port permanent de prismes dans des lunettes. Ceux-ci dévient très légèrement la lumière arrivant sur la rétine et modifient la perception de l’espace visuel, notamment en périphérie. Ils provoquent immédiatement une modification posturale en agissant principalement sur la partie supérieure des chaînes proprioceptives.

semelles-proprioceptives-300x200sur le capteur podal, en agissant sur les capteurs de la plante des pieds, par le port permanent de semelles proprioceptives (ou posturales), caractérisées par de surélévations qui sont en règle générale d’une épaisseur inférieure à 3 mm. En changeant la perception du sol, elles aident à ré-équilibrer le travail des muscles engagés dans la régulation de la posture. Elles agissent essentiellement sur la partie basse des chaînes proprioceptives et diminuent les contractures musculaires de la partie inférieure du corps (le patient a moins besoin de bouger pour diminuer les hypertonies musculaires).

alph3sur le capteur de la cavité buccale, à l’aide de micro épaisseurs de composite dentaire posées à des endroits précis sur les incisives, en nombre toujours pair, si l’examen montre une interférence entre les informations proprioceptives oculaires et les informations de la bouche. Les « ALPH » améliorent l’occlusion dentaire et restaurent une sensibilité normale de la bouche.

 

S’y ajoute une rééducation proprioceptive journalière dont le but est le retour à une respiration physiologique, afin de supprimer les phénomènes nocturnes apnéiques (responsables de troubles attentionnels, de faiblesse de la mémorisation et de fatigue chronique).

Elle est associée à des postures ergonomiques pour le travail et le sommeil qui permettent d’harmoniser la fonction des chaînes musculaires et de modifier en profondeur les informations proprioceptives erronées :

 

Le traitement proprioceptif n’est pas une baguette magique qui va résoudre tous les problèmes immédiatement, surtout si la dysfonction est importante. C’est une reprogrammation longue qui va prendre plusieurs années et demander beaucoup de vigilance, car la proprioception est un sens sensible à d’infimes variations. S’appuyant sur la plasticité cérébrale, cette rééducation impose un respect strict et permanent des différents éléments du traitement. En effet, dès lors que l’un d’eux n’est plus observé,  les informations erronées données par les capteurs proprioceptifs correspondants vont entraîner une régression et le retour des symptômes, la plasticité du cerveau jouant alors contre le patient.

Dans le cadre des troubles des apprentissages, le traitement proprioceptif doit être un préalable aux autres rééducations, notamment orthophonique. Dès lors, ces rééducations vont être plus efficaces, car elles vont s’appuyer sur un terrain sensoriel de bonne qualité.  Les progrès de l’enfant dépendront de l’intensité du trouble proprioceptif initial, de son origine, de ses capacités de compensation, de l’importance des retards accumulés, etc.

L’efficacité du traitement proprioceptif s’évalue à partir de 4 niveaux de plus en plus délicats à obtenir :

– Régulation des lois du tonus, et secondairement de la posture,
– Normalisation de la localisation spatiale visuelle  (stable quelle que soit les stimulations),
– Absence de pertes visuelles avec des sons mono fréquentiels,
– Absence de pertes visuelles avec des sons multi fréquentiels.

Ainsi, réguler la posture n’est qu’une première étape du traitement et ne doit pas satisfaire le thérapeute ou l’amener à supprimer une des stimulations quand la posture semble normale (podale par exemple).

S’agissant d’une rééducation globale du sens proprioceptif, celle-ci va non seulement agir sur les symptômes cognitifs (difficultés de concentration et de mémorisation, troubles des apprentissages, etc.), mais aussi sur tous les symptômes physiques induits par une dysproprioception. Ceux-ci vont petit à petit s’améliorer et disparaître : maux de tête, de dos, de ventre, mal des transports, douleurs musculaires, maladresse, énurésie, etc. (selon les symptômes que présentait le patient).

 

Sources de l’article :

Livre : « Œil et bouche » (Drs P. Quercia et A. Marino)

INFLUENCE DE LA PROPRIOCEPTION CRANIO-FACIALE SUR LE CONTRÔLE POSTURAL ET LA STABILISATION DU REGARD (Thèse en vue de l’obtention du Doctorat d’Université,  Pierre Gangloff)

Etude des liens entre système visuel et proprioceptif (Thèse de Doctorat, Neurosciences, P. Touzalin-Chretien)

Vécu de la dyslexie suite à l’apport d’une prise en charge proprioceptive : Une étude qualitative auprès d’enfants dyslexiques (Thèse pour le doctorat en médecine, Sylvain Lamotte)

La proprioception, un sens premier ? (Pr JP. Roll, CNRS)

Physiologie de la kinesthèse. La proprioception musculaire : sixième sens, ou sens premier ? Intellectica  Année 2003  36-37  pp. 49-66 (Pr JP. Roll, CNRS)

A la recherche du corps perdu , JP et R Roll (Cerveau et psycho N°5, p;62-67)

Proprioception et dysproprioception (Dr R. Salvat)

Le cerveau et le mouvement : le sixième sens, Alain Berthoz (Collège de France/CNRS)

Entretien avec Alain Berthoz (Collège de France/CNRS)

Impact de la modification du Maddox Postural sur l’identification des mots écrits chez le dyslexique./Poster Censtimco (Drs.Quercia et Marino, mai 2012)